Texte de Didier CAZET pour le film de Michel CLARET: G.de PASS
Ce film est le résultat d’une rencontre,
Celle d’un peintre et d’un réalisateur
Sans les liens qui les unissent, ce film ne serait pas.
Une odyssée de trois années sanctionne cette histoire qui se propose de retenir un peu le grand sablier qui égrène
le tempo d’une inimaginable carrière, et puis de se glisser dans le sillon de l’intimité d’un artiste.
Le tournage a nécessité trois ans.
Trois années pour revenir sur le Maroc de son enfance, pour le suivre au cœur de l’Afrique noire à Abidjan, dans
l’île de Malte, en Italie et sur la côte d’Azur.
La difficulté résidant dans le fait d’enregistrer sans trahir et de capter sans provoquer, c’est à dire de faire en
sorte que le prisme de la caméra ne déforme pas par sa seule présence l’instant qu’il enregistre.
Comment réaliser un film qui aurait pour objet de brosser le portrait d’un peintre, d’être une biographie fidèle et
de retracer cinquante années de création représentant plus de quatre mille toiles ainsi que des centaines de
sculptures.
Ce document nous entraîne dans une plongée impudique au cœur de l’âme d’un artiste.
L’architecture particulière de ce film a pour but de nous amener à comprendre les forces qui agitent l’esprit de
l’artiste. Il propose une lecture de son imaginaire que seule une personne rompue aux règles philosophiques qui
composent la personnalité de Giacomo De Pass pouvait illustrer.
Ces lignes ne sont ni un découpage ni un script bien entendu, elles sont simplement l’expression condensée de
l’histoire d’un homme.
A la nuit tombée, elle se glisse subrepticement, éclairée par la lune, dans le silence du sanctuaire.
Elle, c’est la source, l’inspiratrice, la muse capable d’inonder de lumière ou de noyer l’horizon dans les ténèbres.
Elle, c’est la muse créatrice !
Giacomo de Pass, dit que la femme est le pivot de son inspiration.
Elle est aussi le choix du réalisateur qui l’a érigée en fil rouge pour nous conduire autant dans l’intimité de
l’artiste que dans sa prolixe carrière.
Giacomo De Pass revient sur les traces de son enfance dans le Maroc de l’après-guerre, dans lequel il évoque sa
révélation de la peinture.
Inscrit aux Beaux-Arts à Casablanca il parle d’un de ses professeurs qui stigmatise son talent naissant et l’invite
à s’éloigner de l’apprentissage de l’Art. Paradoxe d’un visionnaire qui a compris que l’élève devait s’éloigner du standard.
Giacomo arrive dans le Paris des années 50, sans repère ni argent. Il nous conte cette période du Paris de la
galère.
Repéré par la Galerie Roger Dulac, il expose et s’impose peu à peu.
C’est la galerie Félix Vercel qui lui donne l’impulsion. En 1967 ses toiles sont exposées à Paris, à Londres, à
New York, ses sculptures trônent au Lincoln Center.
Giacomo a épousé Lisa et vit dans un relais de poste aux portes de Paris. La mort de sa mère invite le
méditerranéen qu’il est à fuir Paris et à s’installer en Provence.
Giacomo a trouvé sa terre promise, son atelier reflète tous les contours de sa personnalité. Il s’épanouit dans sa
vie auprès de Lisa et de ses enfants.
La muse reviendra le tarauder plus fort encore réveillant les vieux démons.
Giacomo rencontre Valérie illuminant le parcours de l’homme et ouvrant une brèche décisive dans l’expression
de sa peinture.
Giacomo raconte la peinture nouvelle, l’idée novatrice qui le guide maintenant s’épanouit dans une nouvelle
lumière.
C’est l’époque où Hervé Bazin choisit d’éclairer ses poèmes des dessins de Giacomo.
C’est l’époque où, réveillé par sa muse, il lui dédie une série de toiles érotiques.
C’est l’époque où le foisonnement de sentiments lui inspire une saga pléthorique qu’en référence à Balzac il
baptisera « La comédie Humaine ».
Ce sont encore des voyages, comme autant de sources d’inspiration, qui lui permettent de s’ancrer dans la
philosophie des Chevaliers de l’Ordre à Malte ou bien encore de se ressourcer au contact de l’Art primitif en
Afrique noire, d’enrichir en fait son grimoire personnel de sensations nouvelles.
Giacomo De Pass fuit, entraîné sans cesse dans sa quête d’émotions mais comme le sable appartient à la mer,
Giacomo De Pass appartient à sa palette.
Giacomo De Pass est un Juif errant qui dit ne pas avoir peur de la mort car, dit-il, « la mort engendre la vie ».
Sa peinture dénonce ses expériences successives, elle est son exutoire et son seul moyen d’expression.
Ce film est un hommage à une incroyable carrière,
Il met à nu une œuvre gigantesque,
Qui est surtout un immense chaudron de pulsions jaillissantes
Ce film enfin est un voyage !
Une représentation concrète de la réalité d’un auteur
Et cette définition correspond aussi à celle d’une allégorie !